Apple et Google s’associent pour tracer les contacts de Covid-19

« A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. » Apple et Google ont décidé de s’associer pour mettre en place une solution commune de traçage des contacts, intitulée « notifications d’exposition », dans le cadre de la pandémie de Covid-19. Les deux géants des technologies ont développé une infrastructure permettant à leurs téléphones Android et iPhone de pouvoir communiquer entre eux – ils représentent ensemble 99,9 % des smartphones en France selon le panel Kantar.

« Backtracking » des contaminés, géolocalisation… vers un Big Brother en France contre le Covid-19 ?

Cette infrastructure (on parle d’« API ») est accessible à partir de ce mercredi 20 mai à l’ensemble des autorités de santé dans le monde (22 pays en ont déjà fait la demande, mais pas la France) afin de développer leurs propres applications locales, qui alerteront les citoyens s’ils ont croisé quelqu’un d’infecté. Concrètement, les applis utiliseront la technologie Bluetooth pour capter tous les portables croisés à une distance réduite (par exemple moins de 2 mètres) et pendant un laps de temps prolongé (15 minutes par exemple). Ainsi, si l’un d’eux se révèle positif au Covid-19, l’appli émettra une alerte, où sera indiquée la marche à suivre (dépistage, quarantaine, etc.).

Google et Apple entendent rassurer sur le respect de la vie privée : la géolocalisation GPS des utilisateurs n’est jamais captée, les identifiants Bluetooth sont attribués de manière complètement aléatoire et cryptée, et tout reste stocké dans le téléphone pour que ni les constructeurs, ni les autorités de santé n’aient accès à ces informations privées (qui a croisé qui). C’est également à l’utilisateur de choisir d’activer (ou non) l’option de traçage des contacts, et il peut à tout moment le désactiver. Enfin, lui seul pourra se déclarer positif au Covid-19. Au passage, Apple et Google insistent sur le fait que l’API ne pourra être utilisée que par les autorités de santé, uniquement dans la lutte contre la propagation du Covid-19, et que, dès la pandémie terminée dans une zone, elle sera désactivée.

Encore des limites

L’application anglaise de « contact tracing » testée sur l’île de Wight

L’application anglaise de « contact tracing » testée sur l’île de Wight

L’ensemble de ce fonctionnement rappelle l’application Trace Togheter de Singapour. Mise en place au début de l’épidémie de coronavirus, elle a été vue comme un bon outil du pays dans sa lutte exemplaire contre la propagation. Dans « L’Obs », la présidente de la Cnil la citait d’ailleurs comme un « exemple intéressant ». Toutefois, il convient de noter que l’utilisation de Trace Togheter n’a pas permis à Singapour d’éviter le confinement de sa population.

La présidente de la Cnil : « Il y a des solutions pour détecter l’exposition au Covid-19 sans collecter la géolocalisation »

Le rapprochement des deux grands rivaux Apple et Google s’explique d’abord par les limitations techniques du Bluetooth. En effet, la technologie ne pouvait pas être utilisée en permanence et les appareils Android et iOS étaient incompatibles. Les responsables des deux fabricants disent en cœur s’être mobilisés pour « faire leur part » dans la lutte contre la pandémie, avec leurs outils, dans le but premier d’aider les autorités de santé. En effet, ils insistent pour que ces « notifications d’exposition » s’intègrent dans une politique de santé plus large, avec notamment de larges tests de dépistage de la population, des quarantaines des personnes infectées, et un traçage manuel des contacts.

La réponse technologique apporte alors une brique supplémentaire, en particulier pour pallier les difficultés de se souvenir de toutes les personnes croisées depuis quinze jours, et pour gagner du temps. L’option présente toutefois des limites. D’abord elle n’aura une utilité que si un maximum de personnes l’utilise – une étude publiée dans la revue « Science » évoque un nécessaire minimum de 60 % de la population, or seuls 17,7 % des Singapouriens ont téléchargé Trace Togheter. De plus, la technologie Bluetooth se révèle « bien trop imprécise », a critiqué le hackeur Baptiste Robert dans « L’Obs », puisque la distance entre deux personnes est calculée d’après l’intensité du signal, plus faible sur les vieux appareils. Enfin, l’ensemble consommera de la batterie, ce qui pourrait ralentir son adoption (Apple et Google assurent que cet impact sera « minimum », sans plus de détail).

La France, seule à rejeter Apple et Google

A savoir quand les applications pourront être téléchargées, tout dépend du pays et de l’autorité de santé responsable. Quelques-uns sont déjà en phase de tests depuis une semaine et demie. Mais, a priori, pas la France.

Le cofondateur de Qwant et un hackeur dénoncent le « n’importe quoi » de l’appli « StopCovid »

En effet, le gouvernement français a fait le choix de se passer des services d’Apple et de Google pour développer sa propre application, intitulée StopCovid et annoncée pour le 2 juin. Son parcours s’est avéré semé d’embûches avec de nombreuses voies rejetant sa logique centralisée (avec des données stockées par l’Etat, posant des problèmes de vie privée, à l’inverse des deux Américains où les éléments demeurent dans chaque téléphone), au point que les parlementaires devront l’approuver lors d’un vote les 27 et 28 mai.

De plus, comme pointé très tôt par le hackeur Baptiste Robert, elle ne pourra pas bénéficier des avantages de l’infrastructure de Google et d’Apple. En d’autres termes : installée sur un iPhone, elle ne détectera que les iPhone ; installée sur un Android, elle ne détectera que les Android ; et il faudra en permanence réactiver son signal Bluetooth.

La France est le seul pays d’Europe à rejeter la solution des deux constructeurs américains – le Royaume-Uni hésite encore. La Commission européenne a même laissé filtrer une préférence pour le système compatible Apple/Google, plus respectueux de la vie privée que la logique française…

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