Grosse pression israélienne sur le carnaval d’Alost

Nez crochus, papillotes, sacs d’or: les caricatures de juifs orthodoxes ont déjà coûté au carnaval d’Alost sa place sur le liste du patrimoine immatériel de l’humanité de l’Unesco. L’édition 2020 se déroulera sous haute pression.

L’édition 2020 du carnaval d’Alost qui commence dimanche sera scrutée de toutes parts. En cause, l’émoi suscité par la médiatisation de la présence dans le cortège de l’édition 2019 de caricatures de juifs orthodoxes (nez crochus, papillotes, assis sur des sacs d’or).

Sous pression, notamment de l’Unesco, le bourgmestre de la ville Christoph D’Haese (N-VA) refusera d’interdire ce type de char. Et préférera renoncer aux honneurs de l’institution onusienne plutôt que de céder sur le droit “de se moquer de tout”.  

C’est l’une des marques de fabrique du carnaval alostois: rire de l’actualité avec un mauvais goût assumé. Une tradition qui se revendique de plus de 600 ans, devenue une aubaine médiatique, un nid à images choc qui draine aujourd’hui des dizaines de milliers de personnes.

Ce mardi l’ambassadeur d’Israël à Bruxelles Emmanuel Nashon mettait en garde: “Il serait fort dommage que ce qui se passe à Alost noircisse la réputation de la Belgique qui ne le mérite pas.” Des médias étrangers sont attendus en bord de cortège.

Ce jeudi, c’est le ministre israélien des Affaires étrangères Israel Katz qui a appelé via Twitter les autorités belges à interdire le carnaval d’Alost. “La Belgique, en tant que démocratie occidentale, devrait avoir honte d’autoriser un tel étalage antisémite vitriolique. J’appelle les autorités de ce pays à condamner et à interdire ce défilé haineux à Alost”, a-t-il tweeté.

“Pas d’infraction à la loi”

Antisémite, le carnaval d’Alost? “La présence de stéréotypes antisémites était indéniable. Mais nous n’avons pas relevé d’infraction à la loi parce qu’il n’y avait pas d’intention de racisme ou d’incitation à la haine”, note Patrick Charlier, codirecteur d’Unia (ex-centre pour l’égalité des chances) et auteur d’un rapport sur les faits de 2019. Notamment parce qu’on se trouvait dans un contexte de carnaval. Vu l’émoi suscité ces derniers mois, l’intention pourrait-elle être interprétée autrement? “Si l’an dernier, le carnaval d’Alost avait l’excuse de l’ignorance, il ne l’a plus”, estimait Emmanuel Nashon en marge des commémorations à Auschwitz. 




“Si l’an dernier, le carnaval d’Alost avait l’excuse de l’ignorance, il ne l’a plus.”

Emmanuel Nashon

Ambassadeur d’Israël en Belgique

La question de la représentation des minorités dans les fêtes traditionnelles reste délicate. On se souvient par exemple que lors de la polémique autour du Père Fouettard, Bart De Wever qualifiait la tradition de “respectable”, tandis qu’il estime que le char alostois était “indéfendable”. Patrick Charlier relève d’ailleurs que dans le cortège alostois, où défilent des centaines de groupes, on retrouve beaucoup plus de caricatures de personnes noires (“blackfaces”) que juives. Et que la tradition des “Voil Janet” peut heurter les personnes LGBTQ+.

Faut-il tout interdire? Pour Patrick Charlier, “il faut que ces festivités deviennent plus inclusives et évitent autant que possible les figures qui peuvent choquer.” Mais plusieurs carnavaliers ont annoncé leur intention d’en remettre une louche cette année.

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