Le train, une alternative crédible à l’avion et à l’auto

Tarification, phobie de l’avion, dépaysement, durée de voyage, aventure, intimité, respect de l’environnement, etc. Les arguments ne manquent pas pour inviter les voyageurs à opter pour le rail plutôt que pour l’air ou la route. Voici quelques bons plans.

Depuis le 1er octobre, le personnel attaché au gouvernement flamand ne peut plus prendre l’avion pour effectuer des déplacements professionnels à l’étranger de moins de 500 km ou représentant moins de 6 heures de trajet par voie terrestre. Le gouvernement suit ainsi l’exemple du parlement flamand de rendre plus verts les voyages professionnels. Un exemple aussi suivi par le couple royal qui s’est rendu, la semaine passée, au Grand-Duché de Luxembourg en train pour une visite d’État.

Pour se rendre à Amsterdam (175 km à vol d’oiseau), Francfort (315 km), Londres (320 km) ou Paris (265 km), il est très facile, grâce à l’offre de trains depuis Bruxelles-Midi, de se passer de l’avion pour arriver à destination dans des délais plus que raisonnables: en liaison directe et grâce au TGV, Bruxelles n’est qu’à 1h52 d’Amsterdam, 3h08 de Francfort, 2h05 de Londres et 1h22 de Paris.

Côté prix, à condition de s’y prendre bien à l’avance (3 à 4 mois), un voyage en train peut être aussi compétitif que l’avion, voire nettement plus avantageux selon les cas. Par exemple, un vol Bruxelles-Paris (d’une durée d’une heure) opéré le 28 novembre prochain en matinée par Brussels Airlines (BA) coûte 287,40 euros. En Thalys, ce voyage revient à 45 euros pour un départ à 6h43 et à 75 euros pour un départ plus tardif (9h15).

Si ce voyage vers Paris a lieu plus tard dans l’année, par exemple le 20 février, le billet Thalys est à 29 euros. Du côté de BA, le prix reste affiché à 287,40 euros à cette même date.



“Pour certains trajets, la durée totale d’un voyage en train est plus courte que celle d’un voyage en avion ou en auto.”

Le même exercice pour un voyage vers Londres, le 28 novembre, donne un tarif de 127,40 euros pour un départ matinal en avion. Via l’Eurostar, le meilleur tarif affiché est de 56 euros. Pour un départ le 31 janvier, les billets standard coûtent également 56 euros en Eurostar mais reviennent par contre à 29 euros en avion. Ou à 56 euros pour ceux qui veulent emmener un bagage de 23kg en soute et choisir leur siège (soit le même prix qu’en Eurostar).

Ces exemples démontrent bien que chaque comparaison est à prendre au cas par cas et que pour les destinations de moins de 500 km, le train est une alternative crédible à l’avion. Tant en matière de tarification que de durée de voyage. Car même si le trajet en train est plus long, la durée totale du voyage est souvent plus courte que celle en avion vu que le voyageur arrive directement au centre-ville et qu’il ne doit – en principe pas – se rendre au moins deux heures à l’avance en gare afin d’y subir les contrôles de sécurité d’usage dans un aéroport.

Si vous en êtes convaincu, si vous avez la phobie de l’avion ou si vous voulez privilégier un mode de déplacement plus respectueux de l’environnement, voici quelques bons plans pour vos futurs voyages.

En Thalys à la montagne

Quand on part skier durant les congés scolaires, il faut souvent subir de nombreux tracas routiers, ce qui peut constituer une grosse dose de stress. Pourtant, il existe une alternative bien plus relax: chaque samedi, à partir du 21 décembre et jusqu’au 18 avril, le Thalys Neige file tout droit vers les Alpes françaises au départ de Bruxelles-Midi (à partir de 7h51). Avec dans l’ordre des arrêts Chambéry, Albertville, Moûtiers, Aime-La Plagne, Landry et enfin, à 14h35, Bourg-Saint-Maurice. Soit un trajet d’une durée de 6h44 au maximum, alors qu’en voiture il faut compter au minimum 8h (sans arrêts et dans des conditions de trafic idéales).

De plus, un partenariat entre Thalys et Altibus permet aux voyageurs qui le souhaitent de se rendre en station grâce à une navette (10% moins cher qu’en gare routière).

Niveau budget, prévoyez 55 à 129 euros (le prix dépend du confort souhaité et de la possibilité de pouvoir modifier ou non le billet). Mais peu importe le prix, un bagage à main et deux bagages sont inclus par personne.

Dans le sud en TGV

Si vous voulez fuir le mauvais temps pour quelques jours, plusieurs destinations sont accessibles en ligne directe, tant en Espagne qu’en Italie, depuis la Gare de Lyon à Paris (qui n’est qu’à 8 minutes de la Gare du Nord en RER, elle-même à seulement 1h22 de Bruxelles-Midi en Thalys).

Par exemple, chaque jour, entre 6h07 et 14h07, quatre trains quittent la capitale française en direction de Barcelone pour un trajet d’une durée moyenne de 6h46. Les meilleurs tarifs disponibles pour ce voyage sont affichés à 39 euros. Pour vous rendre à Turin (5h40) ou à Milan (7h10), c’est minimum 29 euros.

Pour accéder à de tels prix, surfez sur be.oui.sncf. Vous pouvez aussi utiliser la plateforme Omio.fr. Celle-ci permet de comparer et de réserver en quelques clics vos billets de train pour toute l’Europe.

©BELGAIMAGE

Circuits européens

Vous cherchez un moyen bon marché pour partir à la découverte des trésors culturels de l’Europe? Alors le pass Interrail est fait pour vous. Pour connaître son prix, vous devez d’abord faire un choix entre l’Interrail One Country Pass (valable dans un pays européen au choix) et l’Interrail Global Pass (valable dans 30 pays européens).

Ensuite, vous devez choisir de voyager en première ou deuxième classe ainsi que de manière continue ou flexible. Par exemple, dans le premier cas, vous êtes certain de voyager tous les jours à bord d’un train pendant 22 jours, dans le second cas, vous souhaitez prendre le train pendant 10 jours sur une période d’un mois.

Enfin, si vous avez moins de 28 ans ou plus de 60 ans, vous avez droit à un tarif réduit. C’est l’ensemble de ces paramètres qui déterminera le prix de votre pass. Par exemple, pour un trentenaire, le prix en deuxième classe oscille entre 218 et 335 euros pour voyager 3 ou 7 jours sur une période d’un mois. Pour voyager 15 jours, c’est 443 euros. Pour un mois, le budget est de 670 euros et peut atteindre 731 euros pour 2 mois ou 902 pour 3 mois.

Si vous n’avez pas la moindre idée de comment utiliser ce pass de la manière la plus efficace possible, des idées de circuits détaillés sont proposées sur la plateforme d’Interrail, dont un tour de l’Europe en 6 pays (Allemagne, Hongrie, Autriche, Suisse, Italie, France) via 15 jours de voyage. Ce circuit nécessite donc un pass de 15 jours à utiliser sur un mois de temps au gré de vos envies.

Au programme: un arrêt à Francfort, Munich, Salzbourg, Budapest, Vienne, Vérone, Rome, Florence, Milan, Zurich, Lausanne, Lyon, Montpellier et enfin Paris, avant un retour à Bruxelles.

Train de nuit

C’est nouveau: ÖBB, la compagnie de chemins de fer autrichienne effectuera à partir de janvier 2020 un trajet de nuit entre Bruxelles et Vienne. Les réservations seront ouvertes à partir du 15 novembre. En pratique, le train démarrera chaque lundi et jeudi depuis Bruxelles-Midi (18h04) et Bruxelles-Nord (18h16) et arrivera à Vienne à 8h27 le lendemain. Dans le sens inverse, le départ depuis Vienne s’effectue chaque dimanche et chaque mercredi à 20h38 avec une arrivée prévue à 10h45 à Bruxelles-Nord et à 10h55 à Bruxelles-Midi.

ÖBB propose depuis 2016 déjà, et avec un certain succès, différents trains de nuit appelés “Nightjet”, vers des destinations en Allemagne, en Suisse, en Italie, en Croatie, en Hongrie, en Pologne et en Slovaquie. D’ici 2021, un projet d’extension des lignes est prévu vers la France, Trieste et Amsterdam.

29€

Pour un voyage de nuit avec ÖBB, il faut compter minimum 29 euros pour une place assise.

Pour réaliser un voyage de nuit, il faut compter minimum 29 euros pour une place assise. Pour ceux qui souhaitent dormir confortablement, il y a des “voitures-lits” et des “voitures-couchettes“. Dans le premier cas, vous pouvez choisir un compartiment triple lits (à partir de 207 euros), double lits (178 euros) ou en solo (139 euros). Dans le second cas, la voiture se compose de compartiments pourvus de quatre à six couchettes (à partir de 199 euros).

©Harald Eisenberger

La société de chemins de fer autrichienne n’est bien sûr pas la seule en Europe à proposer des trains de nuit. L’offre est aussi très développée (et très prisée selon la SNCB) dans les pays scandinaves. Au départ de Paris, les trains de nuit Thello vous emmènent en une nuit à Venise (à partir de 29 euros). Vous pouvez faire le même trajet à bord de l’Orient-Express, rebaptisé depuis le Venice Simplon-Orient-Express. Mais dans ce cas, prévoyez un budget plus conséquent: en cabine double, il vous en coûtera 3.770 euros/par personne! Pour la suite, c’est 6.035 euros/personne… pour 20h de trajet!

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Le roadtrip ultime: au volant d’un oldtimer, sans gps

7.500 kilomètres à travers l’Europe septentrionale pendant 16 jours, au cœur de l’hiver, est le roadtrip ultime. Et, pour compliquer le tout, avec une voiture ordinaire, sans GPS. Montez à bord de l’édition hivernale du Baltic Sea Circle Rally, qui va de Hambourg au Cap Nord et retour. “N’oubliez pas votre équipement et vos nerfs d’acier!”

Par une froide matinée ensoleillée de février à Hambourg, un sentiment d’excitation règne au départ de l’édition hivernale du Baltic Sea Circle Rally. Une soixantaine d’équipes sont prêtes à quitter l’Allemagne pour la Scandinavie. Les règles du jeu de ce circuit d’aventure hivernal sont simples.

L’archipel des Lofoten en Norvège.
©David De Vleeschauwer

Un: interdiction de conduire sur autoroute. Deux: les GPS ne sont pas autorisés. Trois: toutes les voitures participantes doivent avoir au moins 15 ans. Quatre: les pilotes reçoivent un road book avec des conseils et des suggestions d’itinéraires (facultatives). Cinq: les voitures sont toutes équipées de traceurs GPS, afin que la famille et les fans puissent les suivre en ligne.

“Le Baltic Sea Circle Rally en février, c’est profiter du Grand Nord dans toute sa splendeur immaculée. Mais ce roadtrip à travers ces paysages demande aussi beaucoup de concentration et de courage”, nous avait déclaré un passionné en apprenant que nous allions y participer: “N’oubliez pas vos moon boots et vos nerfs d’acier!” 

Forêt suédoise

Thomas, un dentiste de Stuttgart, est seul dans sa Mercedes 4×4 lors de cette édition hivernale du Baltic Sea Circle Rally. Heureusement, ses amis sont également de la partie, à bord de deux voitures anciennes, et ils ont décidé de faire le trajet ensemble. Les trois équipes n’ont réservé aucun hôtel à l’avance et n’ont établi qu’un itinéraire approximatif pour atteindre le premier des deux lieux de rassemblement indiqués par l’organisateur allemand, Superlative Adventure Club (SAC). C’est là qu’à deux reprises, tous les participants au rallye se réuniront et dîneront ensemble. Et surtout, échangeront une foule d’expériences.

©David De Vleeschauwer

“Même en été, tout le monde va vers le sud. Alors, quand j’ai dit à mes amis et à ma famille que j’allais partir dans le nord, et en hiver, ils m’ont pris pour un fou!”, sourit Thomas tandis que nous traversons une sombre forêt suédoise. “Où allons-nous dormir ce soir?”, demandons-nous. “Aucune idée”, répond le dentiste.

Bien que le GPS soit coupé, le smartphone est un compagnon de voyage bien pratique lorsqu’il s’agit de trouver une chambre d’hôtel vers 18 heures. Une recherche sur Airbnb aboutit à une cabane conviviale avec sauna quelque part dans la campagne suédoise.

Aurores boréales

Malgré le froid, certaines équipes décident de monter leur tente pour la nuit. D’autres choisissent un hôtel de luxe et un dîner quatre services. Mais la palme du dîner le plus original revient à l’équipe allemande ‘Die Krachbummenten’: le coffre de leur Subaru Seal 1996 contient non seulement un barbecue, mais aussi un chauffage spécial afin que les conducteurs puissent passer la nuit dans leur voiture. Leur devise est claire: “La peur, c’est pour ceux qui ont trop d’argent”.

Route Baltic Sea Circle Rally
©rv

Les deux Belges de l’équipe ‘Große Filou’ sont dans une Volvo de 1988 embarquant une élégante toile de tente et un poêle à bois. Parfait pour dormir dans la nature s’il y a des aurores boréales!

Pour presque toutes les équipes, ce rallye représente un sentiment de liberté ultime. Ici, quelle que soit sa voiture et son budget, chacun expérimente les paysages désertiques gelés d’Europe du Nord à sa manière. Il n’y a pas âme qui vive sur les routes qui traversent les blancs paysages suédois inondés de soleil.

Le silence règne et l’immensité de la nature n’est interrompue qu’occasionnellement par une petite ferme rouge. Ou par un café, l’endroit idéal pour faire une halte, avaler un hot dog ou un smørrebrød aux crevettes roses, et boire un café.



En été, l’archipel norvégien des Lofoten est noir de camping-cars et de touristes. Par contre, en hiver, il n’y a pas âme qui vive.

Ce soir, nous prenons le ferry, parfait pour récupérer un peu de sommeil. Cependant, Thomas fait d’abord un détour par le garage: il troque ses pneus hiver contre des pneus à clous. “Je vais peut-être perdre un peu de temps, mais je pense que ça vaut le coup. Il est impossible de rouler ici avec de simples pneus hiver: les pneus à clous sont indispensables.”

Lorsque nous débarquons du ferry, le lendemain, nous sommes frappés par les paysages de la côte ouest de la Norvège. “En été, l’archipel norvégien des îles Lofoten est noir de camping-cars et de touristes. Par contre, en hiver, on est à peu près seul dans cette région féerique”, commente Daniel Kaeger. C’est lui qui a mis sur pied le Baltic Sea Circle Rally, avec son frère Sebastian.

Ici, ne serait-ce que pour les paysages, rouler lentement est un émerveillement de chaque instant et tous les virages offrent un point de vue différent sur l’océan glacial d’un bleu merveilleux. Jour après jour, les températures chutent, nous obligeant à ajouter quotidiennement une couche de vêtements. 

Dans le bas-côté

Lucas, un jeune homme originaire de Dresde qui participe au rallye avec deux copains à bord d’un minibus VW, prend son drone et suit la voiture tandis que nous longeons les fjords déserts et enneigés. Eaux bleu azur, maisons de pêcheurs de couleurs vives: le nord grandeur nature. 

Le rallye permet de passer de la nature la plus sauvage aux petits villages chaleureux des îles scandinaves, comme ici les Lofoten.
©David De Vleeschauwer

Plus nous montons vers le nord, plus les jours raccourcissent. Conduire dans l’obscurité devient une habitude, bien qu’il faille de la concentration pour voir à temps le danger que représente le mince film de glace presqu’invisible sur la route et que l’on appelle glace noire. Quelques équipes se retrouvent dans le bas-côté – plus de peur que de mal, heureusement… Une équipe qui participe au rallye à bord d’une Land Rover se retrouve coincée dans le nord de la Suède: le froid glacial a apparemment eu raison de leur 4×4! 

Chair de poule

Ce rallye hivernal peu conventionnel a été lancé il y a deux ans pour être la version “froide” de la version estivale “chaude”, qui va de Hambourg au Cap Nord, en Norvège. À l’aller, il passe par le Danemark et la Suède, et, au retour, par la Finlande, la Russie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne. Si l’itinéraire est le même, les conditions météorologiques ne le sont pas: en février, les températures extrêmes et la rapide tombée de la nuit en font une expérience totalement différente.

©David De Vleeschauwer

Chaque conducteur doit être prêt à affronter les petites routes verglacées et être capable d’encaisser les tempêtes de neige, les vents polaires et l’obscurité générale. Après l’effort, le réconfort: la journée se termine traditionnellement par une visite dans un accueillant sauna.

Ce soir, nous sommes accompagnés des membres de l’équipe ‘Power of Adventure’ au Bardu Huskylodge, où Jan et Ana ont préchauffé les cabanes cosy et le sauna en attendant notre arrivée. Une bouteille d’aquavit nous aide à définir le programme du lendemain.

Plus nous nous rapprochons du Cap Nord, plus cela devient difficile. Des vents violents venant de l’océan Arctique balaient les routes. Rouler ici, loin de l’autoroute, est un véritable défi. À bord de leur Range Rover rose, les trois trentenaires de Hambourg qui forment l’équipe des Driftchicks ne se plaignent pas.

Quand elles dérapent sur la glace et se retrouvent dans un bas-côté enneigé, deux autres équipes viennent à la rescousse et les amazones peuvent reprendre rapidement la route. Si chaque équipe suit son propre itinéraire, il se trouve toujours dans les parages une voiture pour venir donner un coup de main.



“Il est interdit de rouler sur les autoroutes et d’utiliser le GPS. Et la voiture doit avoir au moins 15 ans.”

Sur les 60 équipes, 35 sont au rendez-vous au Cap Nord. La convivialité règne: on rit, on se prend dans les bras et on s’embrasse. Le vent hurle et, sporadiquement, le soleil transparaît dans l’épaisseur des nuages qui forment le ciel arctique. Aussi bien ces retrouvailles que le froid nous donnent la chair de poule.

“Voilà pourquoi je participe à ce rallye”, explique Walter Darmstäder, qui parcourt seul les 7.500 km à bord de sa Škoda Octavia de 1997. “C’est le moyen idéal de prendre de la distance avec mon job stressant. Conduire seul dans ce paysage blanc et désert m’apaise. Et j’adore rencontrer des gens qui partagent ma passion et passer un bon moment en leur compagnie.”

 Mauvais karaoké

Le couple formé par Isabelle et Thomas Latacz, est heureux que sa Mercedes Classe G soit équipée de sièges chauffants en cuir, ce qui est loin d’être un luxe en Laponie, une région finnoise glaciale. Nous roulons pendant des heures à travers de silencieuses forêts enneigées. Si certains conducteurs trouvent que c’est un tronçon ennuyeux (il y a toujours le risque de s’endormir au volant), pour nous, c’est une journée presque thérapeutique, faite de paysages monochromes et de routes qui montent et qui descendent à travers les étendues de Laponie.

©David De Vleeschauwer

Passer la nuit à Inari, dans le nord-est de la Finlande, est synonyme de sauna bienfaisant, de cuisine roborative et de beaucoup trop de bière ‘Lapin Kulta’. Et la soirée se termine par un mauvais karaoké.

Gueule de bois ou pas, le lendemain, les Latacz reprennent le volant de leur Mercedes dans la joie et la bonne humeur. La Laponie s’ouvre sur l’onirique région des lacs de Finlande, où les températures remontent, ce qui nous permet de retirer quelques couches de vêtements. La neige reste cependant omniprésente, ainsi que les routes désertes et les petits villages. Nous faisons un détour pour nous rendre sur une ‘ice road’, une route de glace qui relie deux îles pendant l’hiver. “Filer sur cette surface scintillante, c’est merveilleux!”, s’exclame Isabelle. “Et j’ai l’impression que même notre voiture aime ça!”

Après la nature arctique, il est temps de revenir à la civilisation sous forme d’une balade touristique à Saint-Petersburg.
©David De Vleeschauwer

 Toutes les équipes roulent vers le sud. Certaines évitent la Russie et prennent le ferry d’Helsinki à Tallinn, où est prévue la prochaine réunion. Mais nous, nous voulons voir Saint-Pétersbourg sous son manteau de neige. Notre équipe traverse la frontière, vient à bout des formalités russes et, après plusieurs journées de désert blanc, se dirige vers la grande ville pour y passer une nuitée.

Nous dégustons du caviar au Caviar Club de l’hôtel Kempinski, descendons des shots de vodka avec une tranche de pomme dans des bars sombres et expliquons aux Russes d’où nous venons et où nous allons, ce qui déclenche l’hilarité, l’incrédulité et encore plus de shots de vodka.

Le lendemain matin, nous partons avec Sandra et Frank de l’équipe ‘Baltic Taxi’ à Kolja, près de Tallinn, où un grand tipi en bois fait office de salle des fêtes pour accueillir la deuxième réunion du SAC. Saunas et hot tubs nous attendent dans un paradis glacé, avec une profusion de nourriture et de fûts de bière.

©David De Vleeschauwer

La Mercedes de Sandra et Frank, qui a fait office de taxi à Berlin pendant des années, affiche plus de 1,5 million de kilomètres au compteur. “Il y a quelques jours, la police finlandaise nous a arrêtés pour nous demander pourquoi ce taxi roulait si loin de la ville”, se marre Frank.

Champagne Supernova

L’Estonie, c’est beau comme la mer Baltique complètement gelée sous un ciel bleu éblouissant. Nous nous arrêtons pour faire du café et manger un morceau de gâteau. En effet, le pique-nique est un élément essentiel de ce rallye. L’achat de produits locaux, accompagnés ou non de provisions venues de Belgique, est un rituel pour de nombreux participants.

Les membres de l’équipe suisse ‘Keep Calm and Baltic’ ont été au fond des choses: ils délaissent leur voiture par moins 20 °C pour s’installer dehors le temps d’une fondue au fromage préparée dans un caquelon sur le réchaud qu’ils ont emportés de Suisse.

Lever du jour sur la Colline des Croix, lieu de pèlerinage chrétien planté de plus de 100.000 croix en Lituanie.
©David De Vleeschauwer

Si les pays baltes sont encore recouverts de neige, le froid sec a disparu: par un matin humide et gris, nous entrons en Lituanie pour visiter la stupéfiante Colline des Croix, un lieu de pèlerinage chrétien planté de plus 100.000 croix, avant de nous rendre en Pologne.

La neige s’est muée en glace et le paysagepolonais paraît sombre, triste et ennuyeux par rapport aux paysages de neige et d’azur que nous avons connu il y a quelques jours. Le soir, nous rencontrons l’équipe ‘Champagne Supernova’, alias Arndt et Boris, deux amis et hommes d’affaires de la région de Düsseldorf, dont la Touareg Volkswagen de 2003 est remplie de bouteilles de champagne.

©David De Vleeschauwer

“Arndt voulait faire ce rallye avec son épouse, mais cela ne lui disait rien. Je me suis donc porté candidat!”, s’exclame Boris tandis que nous jouons au bowling dans un obscur hôtel, au milieu de nulle part. Les deux amis veulent récolter 7.000 euros pour un projet d’eau potable en Ouganda, où ils se rendront après le rallye.

Le lendemain, nous filons en ligne droite jusqu’à Hambourg. Très vite, il apparaît clairement que, si atteindre la ligne d’arrivée est un moment de joie pour tout le monde, ce n’est finalement pas le but ultime de ce Baltic Sea Circle Rally. Il ne s’agit pas non plus de savoir qui collectera le plus d’argent pour la bonne cause  durant cette édition, environ 60.000 euros ont été reversés à 60 œuvres caritatives.

Ce circuit d’aventure, c’est avant tout l’occasion de se perdre dans des paysages inoubliables de l’archipel sauvage des Lofoten, d’affronter les routes perdues dans les forêts infinies de la blanche Laponie et d’explorer la sombre beauté des pays baltes. Mais c’est surtout la liberté que l’on n’obtient qu’à condition d’oublier son train-train quotidien pour s’abandonner complètement aux paysages sans cesse changeants de l’Europe septentrionale en hiver. 

Box19

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Dernière lubie? Avoir son propre parc naturel

Certains s’offrent des yachts et des jets privés. D’autres passent leur journées à siroter des cocktails au soleil. D’autres encore préfèrent consacrer leur fortune à sauver les animaux sauvages et leur écosystème. “Je préfère organiser tout ça moi-même plutôt que faire un don à une organisation dont la moitié filera en gestion”, confie Albert Hartog, qui a injecté plus de 100 millions d’euros dans son parc naturel au Botswana.

Jurgen Albertse étale la carte sur la table. Une pierre sur chaque coin, parce que le vent cherche à la soulever. En bande-son, la respiration bruyante des hippopotames qui se baignent dans le fleuve Limpopo. Seuls leurs yeux dépassent de la surface de l’eau, façon périscope. Il nous montre une zone de la taille d’une barrette de chocolat à l’est du Botswana, aux frontières de l’Afrique du Sud et du Zimbabwe.

©Herman Van Heusden

“C’est ici que nous nous trouvons, dans la réserve d’Albert Hartog.” Celle-ci est entourée d’une trentaine de bandes de terre rectilignes couvrant plus de 70.000 hectares. Elle appartient à des propriétaires terriens du coin, avec lesquels Albert a passé un accord: garder leur territoire ouvert afin que les animaux sauvages puissent se déplacer librement, via un corridor.

L’homme est responsable de la mise en place de ces corridors, ainsi que de la réserve Kwa Tuli Private Game et du Koro River Camp lodge qui y est aménagé. Le propriétaire de tout cela est le Néerlandais Albert Hartog: il y a mis son âme et sa fortune, soit plus de 100 millions placés dans la fondation à but non lucratif Timbo Afrika qu’il a fondée en 2009, en hommage à son neveu Tim, passionné de vie sauvage et décédé cette année-là.

Amoureux de la brousse

Hartog est le fondateur et l’actionnaire majoritaire de la société Active Capital Company, basée à Amsterdam, qui investit dans des entreprises pour les optimiser et les revendre (avec bénéfice). Étonnamment, pour un homme de son envergure (en 2018, le magazine néerlandais Quote 500 évaluait sa fortune à 165 millions d’euros), on trouve relativement peu d’informations à son sujet sur internet.

Il accorde rarement des interviews et, cette fois aussi, il se montre réticent. “Ce n’est pas de moi qu’il s’agit, mais de la fondation.”

Il raconte sans s’appesantir sur les détails, parce que “la plupart ne sont pas intéressants”. Jeune homme, il passe neuf ans en Afrique du Sud après ses études. “Parce que c’est là que se trouve mon cœur”. Il fait des recherches sur les léopards, et persuade les chefs des tribus locales de ne plus porter leurs peaux pour les cérémonies, allant jusqu’à leur en proposer des fausses, conçues par ses soins. Cette intervention a permis de modifier la loi sur la chasse au léopard, un moratoire toujours en vigueur à ce jour.

©Herman van Heusden

“Je suis tombé amoureux de la brousse et je me suis penché sur les moyens de sauver de l’extinction la faune sauvage, sans pour autant ignorer les intérêts de la population locale, souvent opposés à ceux des animaux. C’est ainsi que j’ai eu l’idée d’acheter un terrain afin de mettre différentes choses en pratique. Et comme l’Afrique du Sud s’est avérée inabordable, cela a été le Botswana.”

Si Hartog met tout cela en place lui-même, c’est principalement parce que les grandes organisations de protection de la nature sont beaucoup trop lourdes pour fonctionner rapidement et avec précision. “Nous osons faire davantage d’essais et sommes plus flexibles”, explique Hartog. “De même, nous n’avons pas besoin de la permission d’un conseil d’administration pour prendre une décision. Enfin, pas un centime ne disparaît dans un programme de relations publiques ou une action de collecte de fonds pour le maintien de l’institution – dans mon cas, l’argent est déjà là. Et il y restera. Ma vie est limitée, pas celle de ma fondation. Après ma mort, elle continuera à tourner grâce à mon héritage.”



Avons-nous entendu le bruissement des feuilles et le craquement des branches hier soir? C’était un troupeau d’éléphants qui a traversé le camp entre les tentes.

Déjections fraîches

Que ceux qui pensent qu’un safari est une activité relax se détrompent: la nature se réveille à la pointe de l’aube. Grognements, hurlements, gazouillis et coassements: les animaux marquent leur territoire, attirent des femelles, défendent des proies, avertissent de la présence d’ennemis, le tout dans un vacarme tonitruant. Des singes dévalent le toit de notre tente, criant comme des enfants sur un toboggan. Et tout cela, avant que notre réveil sonne, à 4h30 du matin, vu que nous partons en safari avec Moses et Solomon, les guides nature du Koro River Camp.

Hier soir, avons-nous entendu le bruissement des feuilles et le craquement des branches? Affirmatif. “C’était un troupeau d’éléphants, qui a traversé le camp en passant entre les tentes”, précise Moses. Nous avions cru que c’était le vent: là, nous suivons leurs déjections, si fraîches qu’elles n’attirent pas encore les mouches.

Les éléphants du Botswana sont en danger. En mai dernier, le président Mokgweetsi Masisi a levé l’interdiction de chasse introduite par son prédécesseur, Ian Khama, en 2014. Les gardes anti-braconnage ne sont désormais plus autorisés à porter des armes alors qu’avant, c’était l’inverse: ils pouvaient abattre les braconniers pris sur le fait.

Les braconniers et les chasseurs ont désormais le champ libre. Les 130.000 éléphants du pays sont de nouveau hors-la-loi parce qu’ils tuent des gens (36 ces deux dernières années), piétinent et mangent les récoltes des paysans.

©Herman Van Heusden

Au Botswana, la terre est sacrée. À 18 ans, tout Botswanais se voit attribuer par le gouvernement une parcelle de terre qu’il peut cultiver, une source importante de nourriture et de revenus pour cette population pauvre et sans emploi. La décision de Masisi a donc été accueillie favorablement par la population – à l’inverse des partisans de la préservation de la faune sauvage, tels qu’Elephants without Borders et la fondation de Hartog, ainsi que de la quasi-totalité du monde occidental (autrement dit, blanc).

Nous sommes assis sur la terrasse du lodge. Sans un bruit, deux crocodiles se prélassent au soleil, tels des troncs d’arbres. Terriblement proches, mais Eline me rassure: “Ils n’ont pas faim.” Contrairement à nous: il est 16 heures, l’heure de l’afternoon tea. Elle met la table et apporte des tartes, des quiches et des scones maison avec de la crème fouettée. Nous laissons le thé de côté, car sous la devise ‘la nature est belle, mais cela ne nous empêche pas de boire quelque chose’, Albert ouvre une bouteille de ‘vonkelwijn’ (du vin pétillant sud-africain).

Sander Vissia nous rejoint. Il est researcher ‘human-wildlife conflict’ à la Fondation Timbo. “Le conflit avec les éléphants est loin d’être aussi tranché qu’on le pense”, explique-t-il. Lucy King, l’initiatrice de l’Elephants and Bees Project, lui a appris comment chasser les éléphants avec des abeilles. En effet, les éléphants ont peur de ces insectes. “C’est très simple”, explique Vissia. “Nous tendons des fils de fer autour des champs, et nous y suspendons des ruches. Quand un éléphant touche le fil, les ruches se mettent à bouger et les abeilles entrent en action. L’avantage, c’est que grâce sa mémoire proverbiale, l’éléphant ne revient plus jamais. Il avertit les autres éléphants du danger, via une communication mutuelle (le ‘tummy rumbling’, soit des gargouillis) et ils restent à l’écart.”

La fondation de Albert Hartog importe des rinocéros d’Afrique du Sud, dans l’espoir de les sauver, car ils sont massacrés pour les qualités soi-disant aphrodisiaques de leur corne.
©Herman Van Heusden

Fractures brutales

Ces ruches anti-éléphant sont construites à l’école du village voisin de Mathathane, où les élèves pratiquent également l’apiculture. Dans le jardin de l’école, ils cultivent des plantes sur lesquelles les abeilles viennent butiner, le tout sous la supervision d’une véritable apicultrice. Au-dessus de sa porte, de grandes lettres indiquent fièrement ‘Bee Officer’. Et les enfants peuvent manger leur miel.

©Herman van Heusden

“Qu’il s’agisse du personnel du lodge ou de toutes nos activités nature, nous travaillons en étroite collaboration avec la population locale”, explique Albertse. “L’éducation est importante, dès le plus jeune âge, car l’enjeu est de leur apprendre à vivre avec les animaux sauvages sans les abattre. Et aussi, de transformer les braconniers en gardes anti-braconnage, en leur faisant comprendre la situation.”

En même temps, la fondation importe des rhinocéros d’Afrique du Sud, dans l’espoir qu’ils se reproduiront ici. Une opération coûteuse, tant sur le plan financier qu’en termes de main d’œuvre: pour ne laisser aucune chance aux braconniers, il faut surveiller les animaux en permanence, ce qui représente un coût annuel d’environ 10.000 euros par rhinocéros.

En raison de l’abattage massif dont sont victimes les rhinocéros pour leur corne soi-disant aphrodisiaque, leur nombre a fort diminué ces dernières années. Preuve en est le champ d’ossements tout proche, où sont empilés des crânes de rhinocéros. Les trous des balles et les fractures brutales de l’os sur lequel la corne a été tranchée sont clairement visibles.

Homme important

Presque tout ce qu’entreprend la fondation se déroule en concertation avec Olgas Richard Serumola, le chef du village et de la région. Sans sa collaboration, peu de choses seraient possibles. Malgré la chaleur accablante (nous portons un short et une chemise kaki), il porte une chemise et une veste soigneusement repassées pour nous recevoir. En homme important qu’il est.

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“Lorsque la fondation a acheté toutes ces terres, nous avons d’abord eu des soupçons”, explique le chef. “Mon rôle est d’assurer le bien-être de la population: allait-elle tirer un bénéfice de cet achat? Mais nous avons des intérêts communs: réduire le chômage et promouvoir le tourisme. À cet égard, nous pouvons nous apporter beaucoup l’un à l’autre. Notre collaboration est excellente, dans le respect réciproque.

La levée de l’interdiction de la chasse à l’éléphant donne une mauvaise réputation à notre pays. C’est mauvais pour le tourisme, qui devrait devenir une importante source de revenus dans notre région sans se faire au détriment des droits de la population évidemment. La levée de l’interdiction de la chasse est une loi à laquelle chacun doit se conformer, et c’est ce que je fais. Le président veut le meilleur pour notre pays.”

Récemment, le chef a négocié avec succès avec le braconnier Thomas Malabetsa. La Fondation Timbo Afrika s’efforce depuis longtemps déjà de racheter tout le bétail des propriétaires terriens voisins car il attire les prédateurs affamés, ce qui pousse la population à les abattre. Le bétail ainsi acheté est offert à des fermiers établis à l’extérieur de la réserve. Malabetsa avait jusqu’à présent toujours refusé: “C’est mon bétail et mon droit, la loi est de mon côté!”

Récemment, Malabetsa a empoisonné un cadavre de vache, tuant ainsi quatre lions et septante vautours. Ne sachant plus que faire, Hartog avait alors demandé au chef d’aller lui parler. Ce n’est qu’ainsi que le braconnier a pu être convaincu.

©Herman Van Heusden

La nuit tombe sur le Koro River Camp. On se rassemble autour du feu de camp. Le chef Kgomotso prépare le dîner dans la cuisine extérieure, Kgathatso sert du pétillant sud-africain. Séjourner dans ce luxueux lodge n’est pas gratuit, mais les bénéfices sont intégralement reversés à la fondation à but non lucratif. Plus nous vidons de bouteilles, plus nos récits sur les ‘game drives’ prennent de l’ampleur. Dix éléphants, vingt, trente meutes de hyènes en chasse, des zèbres au galop, des combats de girafes, des léopards furtifs, des lions avalant des antilopes… nous rivalisons de superlatifs.

Tout à coup, un bruissement des feuilles et un craquement de branches se font entendre. Albertse lève sa torche. Lentement, un troupeau d’éléphants approche. Ils viennent boire à la rivière, balancent leur trompe dans notre direction avant de poursuivre leur route au ralenti, d’un pas régulier et imperturbable, certains de leur sécurité. Et sans savoir que dans ce camp se trouvent ceux qui vont les sauver.

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